Interview : Olivier Colleau sur la « phase de stabilisation » de Kiloutou et au-delà

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Le président exécutif du loueur français Kiloutou parle de fusions et acquisitions, de perspectives de croissance et de transition énergétique dans le contexte des défis du marché européen actuel.

Olivier Colleau, président exécutif, Kiloutou.

Troisième plus grande société de location d'Europe, Kiloutou existe depuis plus de 40 ans et a connu des années parmi les plus dynamiques du secteur. Aujourd'hui, l'entreprise emploie 7 000 personnes et sert quelque 300 000 clients dans plus de 660 agences.

Pour comprendre comment l'entreprise se positionne sur le marché locatif européen, IRN s'est entretenu avec Olivier Colleau. Voici son témoignage.

IRN : Comment décririez-vous l’état actuel du marché français ?

OC : Dire que le marché français est en plein essor serait un mensonge. En effet, le secteur de la construction est clairement en mauvaise santé dans tous ses sous-segments.

La construction neuve ne se porte clairement pas bien, tandis que la rénovation et les travaux publics stagnent. Nous savons que nous sommes dans un marché cyclique, avec des hauts et des bas, mais il semble que nous soyons actuellement dans une période de ralentissement.

Dans ce contexte, le marché locatif se porte relativement bien. Autrement dit, si l'on considère les premiers mois de cette année, nous sommes stables par rapport à l'année dernière.

Il est probable que le marché locatif se porte mieux que le marché de la construction en termes de volume. Le volume est légèrement inférieur à celui de l'an dernier, mais comme nous avons augmenté les prix pour faire face à l'inflation, nous sommes plus ou moins au même niveau que l'an dernier en termes de valeur.

Lorsque j'anticipe les prochains mois, je constate clairement, et lors de mes échanges avec mes clients, qu'ils ne s'attendent pas à une reprise spectaculaire au prochain trimestre. La situation s'améliorera probablement, ou commencera à s'améliorer, à la fin de l'année ou au début de 2025.

IRN : Comment décririez-vous la France par rapport aux autres régions où Kiloutou est actif ?

OC : En termes de chiffre d'affaires total, nous avons enregistré l'année dernière 1,2 milliard d'euros de chiffre d'affaires, et nous sommes désormais de moins en moins dépendants de la France, même si elle représente encore environ 60 % des ventes.

Les 40 % restants sont situés hors de France, mais toujours en Europe. Nous sommes présents dans sept pays européens et le marché n'est pas exactement le même.

Les deux pays où la demande est la plus faible sont la France et l'Allemagne, tandis que d'autres pays s'en sortent mieux. Pour nous, il s'agit de l'Europe du Sud (Italie, Espagne et Portugal), de la Pologne et du Danemark.

IRN : Peut-on s’attendre à ce que Kiloutou s’implante sur de nouveaux marchés, ou est-ce que vous vous concentrez sur la consolidation des territoires existants ?

OC : Tout d’abord, nous avons encore du potentiel en France car même si nous avons dit que cette année n’était pas bonne pour l’entreprise, la croissance reviendra, et nous avons encore une opportunité de grandir en France.

Cela dit, nous allons accélérer notre développement international. Comme je l'ai dit, nos résultats internationaux représentent aujourd'hui 40 % de notre activité et il est probable qu'un jour, ils dépasseront les activités françaises hors de France.

Avant de nous lancer dans de nouvelles régions, nous avons encore beaucoup à faire dans les pays où nous sommes implantés. L'Allemagne est en effet un marché très important pour l'économie et la construction, mais aussi pour la location. L'Italie est un marché important, tout comme l'Espagne. Dans ces pays, nos parts de marché sont faibles.

Donc, nous avons encore beaucoup à faire dans ces pays hors de France, et puis il est probable que nous ajouterons de nouveaux pays, mais cela viendra plus tard.

IRN : Les fusions et acquisitions continueront-elles à jouer un rôle dans la croissance future ?

OC : Nous avons fait des acquisitions, mais c'est un fait que nous avons également grandi par croissance organique en ouvrant des succursales et en agrandissant les succursales existantes.

Lorsque nous pénétrons un nouveau pays, nous commençons toujours par une acquisition. L'organisation de Kiloutou est très décentralisée, car nous savons que la clientèle varie d'un pays à l'autre.

Les habitudes ne sont pas les mêmes, c'est pourquoi nous souhaitons avoir des équipes locales. Dès que nous décidons d'implanter un pays, nous nous disons : « OK, commençons par acquérir la bonne entreprise. »

Ensuite, une fois sur place, nous activons tous les leviers de croissance, notamment les acquisitions et la croissance organique.

Nous savons que notre marché est très fragmenté. Il existe de grandes entreprises, mais aussi de nombreuses petites entreprises dirigées par un entrepreneur qui les a créées et qui décident un jour de les vendre. Nous allons continuer à réaliser ce type d'acquisitions.

IRN : Comment Kiloutou compte-t-il maintenir sa croissance récente ?

OC : Nous avons connu une croissance assez forte ces deux dernières années. Cette année, nous serons davantage dans une phase de stabilisation en raison de la situation du marché.

Je crois toujours que nous allons croître cette année malgré le marché, mais ce ne sera pas une croissance à deux chiffres, ce sera une stabilisation, mais parfois c'est bien d'avoir une stabilisation car quand on grandit beaucoup, cela peut mettre beaucoup de pression sur son organisation.

Parfois, il est bon de dire « prenons une pause ». Si je me projette ensuite dans l'avenir, je m'attends à ce que la construction reprenne en France et en Allemagne, et que la croissance se poursuive aux niveaux observés par le passé, ce qui a permis d'activer des leviers organiques pour ouvrir de nouveaux dépôts, ajouter de nouvelles flottes dans les agences et réaliser des acquisitions judicieuses.

IRN : Que fait Kiloutou en matière de transition énergétique et de décarbonation ?

OC : En tant qu'entreprise, nous contribuons à cet objectif en investissant dans une flotte bas carbone. Cette année, environ un tiers de notre flotte motorisée sera bas carbone. C'est un volume important, qui comprendra des équipements électriques. Nous commençons également à acheter des unités à hydrogène pour les générateurs.

Nous menons également des actions pour nos propres ressources en matière de camions de livraison. Nous avons été, je crois, la première entreprise en Europe à acquérir des camions électriques de 32 tonnes, ce qui représente un atout majeur pour nos clients.

La gamme iMPAKT de Kiloutou. La gamme iMPAKT de Kiloutou.

Enfin, nous nous efforçons de contribuer autant que possible aux actions globales de l'écosystème. Ne pouvant agir seuls, nous avons décidé de créer une communauté regroupant l'ensemble de la chaîne de valeur, incluant les fabricants, les loueurs et les entreprises de construction (appelée « Communauté des Acteurs du Matériel Durable »).

Dix entreprises sont à l'origine de ce projet, dont quatre fabricants, quatre entreprises de construction et deux loueurs. L'objectif est de nous aligner sur une feuille de route commune, de partager les meilleures pratiques et de travailler sur des projets communs.

Cela dépasse les frontières habituelles de la concurrence. Nous entretenons une relation clients-fournisseurs, certes, mais en matière de carbone, nous ne sommes pas concurrents. Le seul combat à mener est celui contre le carbone et le changement climatique.

Alors, nous avons décidé de dire, travaillons ensemble pour partager les connaissances, pour partager la trajectoire que nous avons en termes d'énergie.

IRN : Constatez-vous toujours que les clients renoncent à l’électrique en raison du prix ?

OC : Oui, c'est plus cher. Il est vrai qu'à spécifications comparables, une machine électrique à faibles émissions de carbone coûtera deux fois plus cher qu'une machine diesel. Malgré cela, nous devons investir et trouver une solution.

C’est pourquoi, en tant qu’industrie, nous devons communiquer afin que nous puissions obtenir de l’aide pour cette transition.

Examinons ce qui s'est passé dans l'industrie automobile. Celle-ci est clairement en avance par rapport à celle des équipements de construction.

Ils s'orientent vers la décarbonation des voitures, ce qui représente un investissement colossal. Il faut se rappeler qu'il y a cinq ou dix ans, une voiture électrique était bien plus chère qu'une voiture diesel.

Aujourd'hui le prix est plus ou moins le même parce que les différents gouvernements, et notamment le gouvernement français, ont donné des subventions pour dire, OK vous voulez acheter une voiture électrique, je vais vous donner des subventions pour compenser la différence entre électrique et diesel.

Cela a aidé les fabricants à augmenter leurs volumes de production et, à mesure que ces derniers augmentaient le volume de leurs lignes de production, ils réduisaient leurs coûts. Je pense que nous devrions suivre la même tendance.

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